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Le froid sur une blessure va ralentir votre guérison

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L’utilisation du froid est unanimement conseillée pour soigner les entorses, claquages, contractures et autres tendinopathies. Il y a un nombre incroyable d’articles sur le web francophone pour vanter les vertus de la glace et de la cryothérapie !

Et tous les blogs et sites de running vous distillent les mêmes conseils, véhiculés sans jamais avoir été vérifiés scientifiquement.

Brisons la glace : les bienfaits du froid sont une croyance

Mais dès lors que l’on fait preuve d’esprit critique, la vérité s’impose : il s’agit bien là d’une croyance !

Pour rappel, une croyance, c’est un fait que l’on tient pour vrai, sans en avoir jamais vérifié les fondements. Et là, on est en plein dedans.

Car en effet, il se trouve qu’aucune étude indépendante n’a jamais prouvé que le froid puisse accélérer la guérison de lésions musculaires, tendineuses ou ligamentaires.

Il faut que je vous raconte…

Il y plus d’un an, je suis tombé par hasard sur une étude qui montrait que l’application de froid pouvait doubler le temps de guérison d’une entorse !

Je me dit alors : « C’est impossible !!! ». Car c’est contraire à tout ce que j’ai entendu jusque là ! C’est impossible, mais je me dis quand même : « Sois un bon septique. Regarde les faits avec impartialité, et fais-toi ta propre idée. »

Alors j’ai cherché.

Côté francophone, on ne trouve rien qui puisse contredire le dogme. La glace contribue à réduire l’inflammation des tissus, et l’application de froid est préconisée dans tous les protocoles de traitements.

En revanche, on trouve sur le web anglophone des publications très critiques, et en grand nombre.

Parmi les nombreux articles « anti-gel » que je trouve, l’un est écrit par le Docteur Gabe Mirkin, celui là même qui a popularisé le protocole « RICE * » en cas de blessure.

Et sur son site drmirkin.com le Doc n’y va pas par quatre chemins. Je le cite :

« Les entraîneurs ont utilisé mon protocole « RICE » pendant des décennies, mais il apparaît maintenant que la glace et le repos complet peuvent retarder la guérison au lieu de la favoriser »

Mais d’où peut venir cette terrible méprise ? Vous allez vite comprendre…

* RICE est l’acronyme de Rest (repos), Ice (glace), Contention (compression) et Elevation (élévation). En francophonie on utilise son équivalent : le GREC (Glace, Repos, Élévation, Compression).

Les propriétés du froid

Ce qui ne peut pas être nié, c’est que le froid a des propriétés analgésiques. C’est à dire qu’il peut diminuer la douleur en « endormant » les terminaisons nerveuses. Le froid diminue également le gonflement des tissus en cas de blessure.

Le raccourci est alors vite fait : si le patient à moins mal, et que l’articulation est moins gonflée, alors c’est qu’il guéri.

> C’est logique. Mais c’est faux.

Comme croire que si le signal d’alarme ne sonne plus, c’est que l’incendie est éteint.

Donc si le froid sur une blessure a effectivement des propriétés antalgiques, il y a un gros malentendu entre ses capacités à soulager les symptômes et accélérer la guérison.

Cubes de glace

Des conséquences qui font froid dans le dos

Le froid à de véritables conséquences sur le fonctionnement de notre corps. En plus d’atténuer la douleur, il est aussi vasoconstricteur. C’est à dire qu’il provoque une diminution de la taille des vaisseaux sanguins et des capillaires. Nous sommes des animaux à sang chaud, et c’est une réponse au stress provoqué par le froid pour éviter la perdre de calories par les zones périphériques (bras, jambes), afin de protéger les organes vitaux.

C’est le même mécanisme qui permet de limiter les saignements (effet hémostatique), et de limiter les hématomes lors d’un choc, d’une déchirure, ou d’une entorse.

Dans le fonctionnement articulaire, le froid va ralentir la production de synovie dans les articulations, ce qui donne parfois la sensation d’être « grippé » par temps froid.

Du côté musculaire, les mouvements entre les plans de glissements seront freinés par le froid.

En fait, le froid ralenti tout ! Par exemple : saviez-vous que le froid est utilisé pour stopper le fonctionnement du corps humain lors d’une opération à cœur ouvert ? A 32°, cela met littéralement le corps en état de mort clinique (cœur arrêté, et encéphalogramme plat !) laissant aux chirurgiens le temps d’intervenir sur un cœur sans mouvement de contraction…

Et bien entendu, le froid ralentit aussi la cicatrisation des lésions musculaires.

Une inflammation, c’est une activation du système immunitaire qui va détruire ou évacuer les débris provoqués par la blessure, et apporter le matériel cellulaire nécessaire à l’autoréparation des tissus.

L’inflammation est donc un phénomène naturel de guérison. Ralentir l’irrigation sanguine et le drainage lymphatique avec du froid va donc ralentir le processus de cicatrisation et de régénération. C’est pour cette raison que les spécialistes déconseillent de plus en plus toute utilisation d’anti-inflammatoires dans leurs protocoles, que ce soit des anti-inflammatoires stéroïdiens, des AINS, ou l’application de froid.

Faisons confiance à la médecine chinoise qui dit depuis des millénaires que :

« le froid c’est la mort. Le chaud c’est la vie » !

Pourtant le froid me fait du bien ?

Attention, je ne prétends pas que le froid n’a aucune application thérapeutique !

Il procure des bénéfices certains dans le traitement de pathologies lourdes comme l’arthrose, la fibromyalgies, la polyarthrite rhumatoïde, la sclérose en plaque, etc. Les meilleurs résultats semblent être obtenus avec la cryothérapie « corps entier ».

Mais cela ne concerne pas (ou peu) le coureur à pied, heureusement !

Quand aux sportifs qui ont adopté la cryothérapie à des fins de récupération, ils vont être déçus, car la méthode reste bien moins efficace que le massage ou la pressothérapie. Et s’ils ressentent un bienfait après la séance, c’est principalement dû au sang qui irrigue de nouveau les tissus, et à l’action des endorphines.

Est-ce que cela fonctionne mieux avec le chaud ?

On peut toujours trouver des marqueurs sanguins pour tenter de prouver que le froid est bénéfique. Mais nous sommes des homéothermes (animaux à sang chaud) et notre fonctionnement ne devient idéal qu’à 37,5°C, C’est indéniable.

  • Les échanges chimiques dans les cellules et entre les cellules sont accélérés
  • La conduction nerveuse est plus rapide
  • Le fonctionnement articulaire et musculaire est favorisé sur le plan mécanique

La chaleur est donc décontracturante et drainante. Les indications de « l’application de chaud » sont donc nombreuses, en association avec le traitement du kiné. Je pense principalement aux contractures, tendinopathies, ou inflammations du type syndrome de l’essuie glace.

Que faire en cas de blessure ?

Cependant, cela étant dit, il y a quand même une indication à l’application de froid : c’est la blessure susceptible de saigner et de créer un hématome.

le froid sur une blessure

Les propriétés vasoconstrictrices du froid vont permettre de limiter l’épanchement de sang, et ainsi conserver des chances de guérir plus vite.

« Dans le doute, abstiens toi ! »

Alors dans le doute, lorsque la blessure survient, on doit partir du principe qu’il va y avoir un hématome. Donc dans les minutes qui suivent une entorse, un claquage ou déchirure musculaire, on appliquera le protocole GREC :

  • Glace : appliquer du froid, sans discontinuer, pour faire baisser la température autour de la blessure
  • Repos : ne pas essayer de mobiliser le membre touché
  • Élévation du membre touché pour éviter les afflux sanguins
  • Compression à l’aide de bandes élastiques ou de chaussettes de contention

Les durées varient suivant la littérature, mais on peut considérer que le froid aura une utilité dans les premières 24 à 48 heures.

Ensuite, on laisse faire la nature, voir on applique du chaud.

Comment appliquer du chaud ?

En effet, dans tous les autres cas (tendinopathies, contractures, etc.), c’est du chaud qui peut-être avantageux d’appliquer. Il y a plusieurs moyens pour faire ça :

  • Avec de l’eau chaude, en laissant couler l’eau quelques minutes, à l’issue de la douche.
  • Des poches de glaces ! Car elles sont généralement réversibles (comme les Cold / Hot Packs). Elles peuvent être trempés dans l’eau chaude, ou passées au micro-ondes pour être ensuite appliquées sur la zone à soigner.

Les kinés utilisent aussi souvent des outils qui « chauffent » ou qui activent les zones à traiter : courant médical (TecarThérapie), luminothérapie, magnétothérapie, les ultra-sons. L’objectif est d’accélérer les échanges intra et extra cellulaires.

 

 

A quoi tiens le fait que les francophones soient plus longs à la détente que les anglo-saxons ? Je ne sais pas. En tous cas il y a là bas moins réticence du corps médical à accepter de s’être trompé, et à le dire.

Les entraîneurs (dont moi) on dit pendant des années que l’acide lactique était un déchet. Les études ont ensuite montré qu’il n’en était rien. Ce n’est pas grave ! J’explique éventuellement pourquoi nous disions ça avant, et ce que nous savons actuellement. Et je reste ouvert au fait que cela pourrait encore changer !

Pour les blessures, passée les premières 24-48 heures, adoptez le réflexe « chaud ». Vous ne vous en sentirez que mieux !

 

>>> Si vous avez aimé cet article et que vous pensez qu’il pourrait aider des coureurs de votre entourage, je vous invite à le partager sur vos réseaux sociaux, à me mettre un petit pouce bleu ou un « like », et à poser vos questions dans les commentaires  en-bas de la page.

 

Sources :
Influence of icing on muscle regeneration after crush injury to skeletal muscles in rats – Takagi (2011)
Iced! The Illusionary Treatment Option- Gary Reinl
British Journal of Sport Medicine (juin 2012)
What Is the Evidence for Rest, Ice, Compression, and Elevation Therapy – VD Bekerom (2012)


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