La plica : quand la douleur au genou reste inexpliquée

Partagez ça !
  • 3
  •  
  •  
  •  
  •  

Je ne sais pas si j’aurais fait un article sur la plica sans en avoir été un jour victime. Car c’est sans doute la pathologie du genou la moins connue. Et pourtant, elle serait la cause de beaucoup de douleurs inexpliquées

Mon histoire commence sur l’Ile de La Réunion en 1998. Je me dévoue pour accompagner Isabella au sommet du Piton des Neiges (3070 mètres). Isabella est une athlète spécialiste de course en montagne. Elle est aussi internationale sur piste, route, course en montagne, et accessoirement championne du Monde de ski alpinisme, pour la Suisse. Et personne ne veut aller là haut avec elle (et pour cause…). Cette sortie fut l’une des plus difficile dont je me souvienne ! Nous avons tout fait en courant. Oui, tout ! Je me souvient encore du chrono de notre aller-retour au départ du parking du « bloc » : 2 heures 58 minutes pour 14 kilomètres, 1750 mètres de dénivelé positif et 1750 mètres de dénivelé négatif. Je me souviens aussi de courbatures hors normes dues à la descente…
Dans les semaines qui ont suivi, j’ai commencé à avoir une douleur au genou droit. Cette douleur vive était localisée sous la rotule. Je ressentais comme un coup de couteau lorsque je montais un escalier. Et la douleur apparaissait même immobile, comme en voiture ou au cinéma.
J’ai du m’arrêter de courir plusieurs semaines, avant de pouvoir consulter le Dr Brémant, un spécialiste des genoux, dans une clinique de Chambéry. Le diagnostique a été posé assez vite : une suspicion de plica sous rotulienne.

Quelques jours après, j’étais opéré sous arthroscopie. Le chirurgien a en effet procédé à la résection d’une plica qui s’interposait entre la rotule et le condyle du fémur. Et 3 semaines après je reprenais l’entraînement sans plus jamais être embêté. Enfin, de ce côté là en tous cas, car l’année suivante j’étais contraint de subir une résection de plica interne pour l’autre genou.
Et depuis ? Plus aucun problème à signaler 🙂

Qu’est-ce qu’une plica ?

Une plica est une sorte de bourrelet ou de repli formé par la membrane synoviale qui enveloppe nos articulations synoviales. C’est un reliquat de la formation des différents compartiments du genou, au stade embryonnaire. On peut recenser 3 catégories de plicae, suivant leur localisation :

  • la plica supérieur
  • la plica inférieur
  • la plica interne

Plica et douleur au genou

Il faut noter que tout le monde n’a pas de plica. D’après les études, seulement 20% à 50% des individus présenteraient des plicae. Mais toutes ne sont pas pathologiques ! La seule qui peut provoquer des douleurs, c’est la plica interne (ou plica médio-patelaris, ou plica médiale, ou plica sous-rotulienne).

La plica Interne du genou

La plica interne est une sorte de cordelette de tissu synovial (une bride) qui est tendue du condyle du fémur jusque sous la rotule. Elle peut être plus ou moins large, plus ou moins épaisse. Et dans certains cas, cette plica peut se fibroser, puis s’interposer entre la rotule et le condyle du fémur, et provoquer une inflammation.
La douleur est alors localisée principalement sous la rotule. Elle est ressentie à la course, et à la marche lors de la montée d’escaliers par exemple. Cela provoque une douleur vive, sous la rotule. Et à la palpation, la douleur est présente si on mobilise la rotule en la plaquant contre le condyle fémoral.

Ma plica interne à gauche, le cartilage de mon fémur à droite

Comment cela arrive ?

Les symptômes peuvent apparaître de deux façons différentes. D’une part, les plicae peuvent devenir pathologiques suite à un choc sur la rotule ou un traumatisme du genou (entorse, subluxation de la rotule, intervention chirurgicale).
D’autre part, les plicae peuvent aussi avoir une forme plus chronique, suite à une multitude de microtraumatismes, ou une sur-sollicitation de l’articulation (flexions, squats, steps, escaliers, course en côtes, etc.). Ça été mon cas, avec le passage express entre course sur route et course de montagne !
Notons enfin que la plica touche autant les femmes que les hommes, et les individus de tous les âges, mais avec une prévalence pour les adolescents ou les jeunes adultes (15-30 ans).

Quel traitement pour la plica ?

Il existe des protocoles de kinésithérapie afin d’éviter l’intervention chirurgicale (traitement conservateur). Cela consiste à mettre en œuvre des techniques de :

  • de prise en charge de l’inflammation
  • crochetage et scrapping (mais la plica interne est peu accessible)
  • d’assouplissements
  • de renforcement musculaire

Le médecin peut aussi prescrire des anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) et du repos, mais il faut savoir que ces traitements conservateurs ne sont efficaces qu’à 20% pour la plica. Mais ça se tente !

Dans la grande majorité des cas, l’intervention sous arthroscopie sera nécessaire afin d’enlever la plica. C’est ce qui est appelé résection, en terme médical (voir l’image ci-dessus). Ce traitement chirurgical a l’inconvénient d’être invasif, avec les risques que cela comporte. Cependant, il comporte des avantages :

  • le taux de réussite est proche de 90%
  • l’intervention permet de vérifier l’ensemble de l’articulation (vérification des cartilages et des ligaments, nettoyage des ménisques)
  • l’arthroscopie est peu invalidante. Il est possible de reprendre la marche quelques jours après, et la course après 3 à 4 semaines pour les sportifs.

douleur au genou et arthroscopie

La plica n’est plus à la mode

Avec la généralisation de l’arthroscopie à la fin des années 90, la plica interne était une indication en tant que telle. Et les interventions étaient nombreuses. Mais son diagnostique étant complexe, le monde médical n’évoque quasiment plus ce « Plicae syndrome ». Les médecins pensent-ils que de ne plus la diagnostiquer la fera disparaître ?
Pourtant, cette pathologie existe belle et bien ! D’ailleurs, lorsqu’un patient se fait opéré pour un ménisque ou des ligaments, le chirurgien en profite généralement pour couper ces plicae internes, lorsqu’elles existent. Alors, quand tous les traitements sont restés inefficaces, il y a cette piste à explorer.

 

Si vous êtes face à une douleur antérieure du genou (face avant du genou) et que vous tournez en rond sans trouver de solution, il peut donc s’agir d’une plica interne pathologique. Ce sera alors à votre praticien (médecin du sport, kiné, ostéo, chirurgien orthopédiste) de faire un diagnostique différenciel et de vous orienter vers le traitement le plus approprié. A condition qu’il soit sensibilisé à cette pathologie, bien entendu…

J’espère que cet article permettra à quelques uns de poser enfin un diagnostique sur une douleur au genou inexpliquée.

Si vous avez un ami qui ne trouve pas de solution à ses problèmes de genoux, partagez cet article, il vous dira MERCI !

 

 


Partagez ça !
  • 3
  •  
  •  
  •  
  •  
  • 3
    Partages