Chaussures et plaques carbone : nouvelles catégories en vue

Sebastian Coe
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Il fallait s’y attendre : les polémiques qui enflent depuis des mois au sujet des chaussures de running à plaques carbone ne pouvaient aboutir qu’à une prise de position de World Athletics (anciennement IAAF). Après de longues tergiversations, la décision est tombée hier soir 31 mars, par communiqué de presse de son président, Sebastian Coe. Une catégorie « Carbon » sera crée, pour plus d’équité. Espérons qu’on y verra plus clair dans les résultats, à l’avenir.

Le coup marketing de Nike

En 2019, Nike sortait son prototype Alpha Fly pour aider Eliud Kipchoge à passer le mur des 2 heures sur le marathon. Un coup de tonnerre dans le petit Landerneau de la chaussure de running, car ce modèle est conçu autour d’une plaque carbone (2 en fait), censée améliorer la restitution d’énergie, à chaque foulée. Et dans la foulée, un modèle de série est apparu sur le marché grand public : la Nike Vaporfly 4%. En 2020, c’est la paire de pointe « carbone » Nike Victory qui a fait son apparition

Les spécialistes se sont écharpés pour savoir si le gain était réellement de 4% comme annoncé par Nike. A la clinique du coureur, Blaise Dubois précise qu’un “gain de 4% sur l’économie de course se traduit par un gain de 3% sur la performance, soit environ 5’ pour un marathon en 3h”. Mais les coureurs ne s’y sont pas trompés, en adoptant rapidement cette nouvelle technologie. Lors de la corrida de Houilles en décembre 2019, les résultats ont révélé un net gain de performance pour l’ensemble des coureurs équipés (85% des coureurs élites battent leur record personnel).

Le carbone plébiscité par les coureurs

Nombre de coureurs, généralement sous contrat avec d’autres équipementiers, ont alors crié “au loup”, devant tant d’injustice. Une situation qui n’était pas sans rappeler les heures sombres de la natation mondiale lors de l’apparition des combinaisons en polyuréthane. En effet, beaucoup de coureurs sont unanimes, même ceux qui ne sont pas chez Nike. Pour Pierre-Ambroise Bosse, notre champion du Monde 2017 du 800 mètres (Puma), l’efficacité des plaques carbone est sans appel. « Des pointes, j’en ai vues. Les Nike Victory, même en marchant, tu sens la différence. Ces nouvelles pointes auraient complètement chamboulé les JO en 2020”.

Les pointes Nike zoom Victory Elite 2

De son côté, le sud-africain Oscar Pistorius est encore plus catégorique. “Désormais, je ne sais pas comment je pourrais courir si on devait interdire ces lames carbone… C’est tout bonnement impossible, en ce qui me concerne !”. Alors, réalité, ou biais cognitif lié à l’achat d’une paire hors de prix ?

Certaines voix se font effectivement entendre, remettant en cause l’efficacité de ces chaussures miracles. Le Français Philippe Croizon, par exemple, n’est pas persuadé. “Personnellement, je ne ressens aucun effet positif de ces plaques carbone. C’est purement psychologique. J’ai revendu d’ailleurs les paires que Nike Europe m’avait fait parvenir pour les tester.” 

La course à l’armement

Malgré tout, les autres marques ne pouvaient pas rester sans réagir. Et comme prévu, la course à l’armement a fait naître des modèles à plaque carbone chez tous les autres acteurs majeurs du running : Adidas (Adizero Pro), On Running (CloudBoom), Brooks (Hyperion Elite 2), Asics (MetaRacer), Saucony (Endorphin Pro), New Balance (Fuel Cell), Hoka (CarbonX 2), etc.

La Nike Air Alphafly Next%

En 2020, W.A. a édicté des premières règles à l’intention des industriels de la chaussure : 

– Le modèle devra être disponible sur le marché depuis 4 mois avant de pouvoir être utilisée en compétition

– La semelle ne doit pas dépasser 40 mm d’épaisseur

– La chaussure doit contenir au maximum une plaque rigide

En théorie, si toutes les marques proposent désormais cette technologie, il y a alors un retour à l’équité ? Équité, oui, mais les bouleversements des ces derniers mois sur les performances et les records ont poussé W.A. à prendre des mesures drastiques.

Car, que ce soit en running (sur route) ou en pointes (sur piste), les records pleuvent. Eliud Kichoge avait ouvert le bal avec le record du monde du marathon en 2 h 01 min 39 s.
La kenyane Brigid Kosgei a elle pulvérisé l’ancien record du monde du marathon de Paula Radcliffe en 2 h 14 min 4 s.
Mi-août 2020, l’Ougandais Joshua Cheptegei bat le record du monde du 5000 m en 12 min 35 s 36 et celui du 10.000 mètres en octobre en 26 min 11 s 00.
En octobre 2020, l’Éthiopienne Letesenbet Gidey bat le record du monde du 5000 mètres en  14 min 06 s 62.
Début février 2021, l’Éthiopienne Gudaf Tsegay bat le record du monde en salle du 1500 m en 3’53.09.

Gudaf Tsegay au meeting de Liévin en février 2021

Une nouvelle catégorie « carbone » en 2022

Après les J.O. de Tokyo (aout 2021), une nouvelle catégorie “Carbon” sera donc instaurée, avec un classement distinct sur les courses, quelque soit le niveau.

Pour les courses hors stade, Il y aura 2 classements. Les coureurs prendront le départ ensemble, mais l’organisateur devra mettre en place une équipe permettant d’identifier les modèles de chaussures des coureurs, à l’arrivée. (le changement de chaussures en cours d’épreuve devenant interdit)

Pour les courses sur piste, chaque épreuve de course sera dédoublée en une épreuve “classic” et une épreuve “carbon”. PARIS 2024 doit donc revoir rapidement la programmation de ses épreuves. Avec la crainte que l’évènement devienne aussi illisibles que les jeux paralympiques….

Pour le moment, les coureurs qui réclament des épreuves pieds nus n’ont pas été entendus, mais « cette possibilité est à l’étude« , précise Sebastian Coe.

Après la primeur sur l’interdiction des bâtons en trail,  le 1er avril dernier, Courir Comme Un Pro .fr est toujours en pointe(s) pour aller à la pêche aux informations les plus fraîches ^^


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